ÉRIC MARTY ET LE DC

Le travail d'Éric Marty est remarquable et démontre comment la pensée du neutre existait déjà chez ce qu'il appelle les Modernes (Deleuze, Foucault, Lacan, Barthes ...) et comment celle-ci a été dévoyée par Judith Pamela Butler qui, cela est connu, prend bien souvent ses aises avec les concepts philosophiques et psychanalytiques pour, au final, leur faire dire l'inverse de ce qu'ils signifient.


La seule critique que je pourrais faire à Éric Marty, mais qui n'en est pas réellement une, est qu'il n'occupe pas la fonction de psychanalyste et c'est peut-être ce qui lui fait rater la catégorie du performatif (ou performativité) chez Jacques Lacan que je localise dans le discours capitaliste.


Et c'est certainement cela qui lui fait conclure son excellent ouvrage de cette façon :


« L'hypernominalisme du phénomène trans, cette revendication effrénée du nom (du nom femme/homme), nous propose une perspective inverse, avec le risque d'être récupéré à son tour par un plus vaste processus, celui du transhumain, ce grand projet ultralibéral du XXI e siècle et d'y disparaître : corps cyborg, corps soumis aux milieux de vie chimiques, cybernétiques, technologiques, devenus coextensif à nos vies, comme accomplissement d'un biopouvoir déjà présent en chacun de nous. Et qui nous attend, loin du genre. Quel qu'il soit. »

Éric Marty est contraint de recourir à ce qu'il nomme « hypernominalisme » parce qu'il ne connaît pas la théorie des quatre discours (+1) de Jacques Lacan où le discours capitaliste fait croire au sujet qu'il n'est plus l'effet du signifiant mais en est bel et bien le maître.

La subjectivité contemporaine a alors à sa charge sa propre nomination, ce que Jacques Lacan appelait les « nommés-à » ... ce qui ne va pas sans culpabilité et besoin de punition, et qui peut aller jusqu'à la mutilation chirurgicale, cautionnée, elle, par le discours courant sous couvert de progressisme et de défense des minorités.

Je remarque avec plaisir, au passage, que je ne suis pas le seul à faire le lien entre transgenrisme et transhumanisme — d'ailleurs, beaucoup de critiques (bien souvent sous forme d'injures) m'ont été adressées mais absolument rien au sujet de ce lien qui est le nœud de mon travail où je développe l'idée que le transgenrisme est déjà du transhumanisme.


Aussi, Éric Marty se penche davantage sur la filiation Foucault-Butler (filiation trahie, comme il se doit, par l'universitaire américaine) en oubliant l'extrême proximité entre la pensée de Michel Foucault et de Gilles Deleuze, celui-ci parlait déjà dans les années 80 de « machines désirantes », de « n sexes », du « devenir-minoritaire », de « corps sans organes », en précisant bien qu'il ne s'agissait pas de métaphores !

Affaire à suivre ...