DIEGO ARMANDO MARADONA (1960-2020)

« A la clinique, lorsque j’étais interné, certains se prenaient pour Robinson Crusoé, d’autres pour Napoléon, et moi, personne ne me croyait lorsque je leur disais que j’étais Diego Maradona. »


Diego Maradona n'était pas sans savoir comment toute identification fonctionne. Personne, même pas Dieu lui-même, n'est directement ce qu'il est ; mais chacun a besoin d'un point extérieur, un point ex-centrique d'identification. Le fou n'étant pas simplement celui qui se prend pour Napoléon ou Robinson Crusoé, mais plus fondamentalement encore celui qui se prend pour lui-même.


El Pibe de Oro n'était pas à une contradiction ou un paradoxe près. Lui, qui aurait pu être moins bon que Pelé, et qui a marqué le but le plus mémorable de l'Histoire du Football ... de la main, face aux anglais (inventeurs de ce sport) : « Je m'excuse mille fois auprès d'eux, mais en fait, je referais la même chose mille et une fois. »


Lui, qui a grandi dans un quartier privé ... de nourriture, d'eau et d'électricité, appartient à un autre football, à une autre époque, à un autre monde que les starlettes aseptisées et bodybuildées qui foulent les pelouses aujourd'hui et qui, lorsqu'elles marquent, se précipitent vers la caméra pour nous vendre leur shampooing, leur dentifrice ou leur caleçon.


Son but d'anthologie aurait aujourd'hui été annulé par la « goal line technology » ou le « replay », ce qui lui aurait, à coup sûr, fermé la voie vers son second but d'anthologie, fait de dribbles chaloupés, marqué dans le même match.


Il fait partie de ces footballeurs racés, comme George Best ou Sócrates, qui sont les uniques représentants de leur propre espèce.


Dieu va enfin pouvoir toucher la main de Maradona.