- Rudy Goubet Bodart
- 4 days ago
« Pour une psychanalyse sauvage du féminisme contemporain »
Silvia Lippi s'inspire de la célèbre anecdote freudienne des jeunes filles du pensionnat (Psychologie des foules et analyse du moi) pour forger son concept de sororité. Elle en prône une lecture qui tranche franchement avec celle des « psychanalystes lambda »,
comme elle les nomme — mais surtout qui défigure profondément l'idée que Sigmund Freud exprime pourtant clairement dans ce texte. À notre époque, nul ne saurait ne mettre trop en garde contre l'utilisation militante de la psychanalyse au service d'une Weltanschauung, quelle qu'elle soit. Comme l'avait déjà prédit Annie Le Brun, dès les années 1970, sous le coup du féminisme c'est la psychanalyse même qui se verra censurée. L'élucubration de Silvia Lippi en est une éclatante démonstration.
- Rudy Goubet Bodart
- 4 days ago
LACAN ... MON GRAND-PÈRE
Plus tôt cette année, j'ai publié la lecture d'un poème de jeunesse de Jacques Lacan πάντα ῥεῖ qui peut se traduire par « tout s'écoule ». Ce poème, quelque peu cryptique, s'achève par « Melancholiae Tibi Bellae » où les initiales M.T.B. se distinguent.
Il y a quelques années, ce sont déjà ces trois lettres qui avaient mis la puce à l'oreille d'Adolfo Bergerot – psychanalyste – et qui l'ont mené à faire un travail de reconstitution précieux. C'est l'histoire qu'il m'a confiée – son histoire – que je me propose ici de lire.
Texte original :Adolfo Bergerot
Traduction Française : Carolina Freda
Lecture : Rudy Goubet Bodart
- Rudy Goubet Bodart
- 4 days ago
En Asie du Sud-Est. Si loin de l'Hexagone. En pleine célébration de l'ouverture de l'année du Cheval. Je me suis fait empelicoter mes réseaux sociaux qui à coup de reels m'annoncent la sortie prochaine, traduit en plusieurs langues, du livre événement de l'héroïne contemporaine des violences faites aux femmes. Empelicoté fut mon algorithme qui m'invite à cliquer sur un des innombrables articles consacrés à la victime qui refuse obstinément d'en être une. Sédaté par cette saturation d'informations qui sortent tous azimuts de mon smartphone chinois. Plongé dans un sommeil artificiel des plus profonds. Mes neurones nudgés. Mon consentement hypnotisé. Aurais-je été drogué ? Mon pouce droit zombifié clique sans s'en rendre compte sur l'interface YouTube de l'émission La Grande Librairie, présentée par Augustin Traquenard. Me voilà captivé, capté, capturé. Mes orifices oculaires et auditifs tout ouverts et prêts à accueillir ce qui pourtant la veille n'avait pour eux pas le moindre intérêt ni même, à vrai dire, la moindre existence : la présentation et la promotion du livre « Et la Joie de Vivre » (Flammarion) de Gisèle Pelicot et de Judith Perrignon (journaliste et écrivain).
Mon endormissement se poursuivait sans encombre. Accompagné qu'il fut par les familiers et doux refrains des berceuses féministes : « Ce n'est pas pour moi que je mène ce combat mais pour toutes les femmes », « La honte doit changer de camp », « Il fallait donner un grand coup de pied dans la fourmilière de cette société machiste et patriarcale », « c'est la société qui autorise les hommes à se comporter comme ça », « il faut changer les mentalités », « il faut continuer le combat, il faut rien lâcher » ... autant de slogans dignes d'un film de Justine Triet et qui se retrouvent dans le livre (dont des extraits sont généreusement mis à notre disposition par Le Monde) donnant l'impression d'un discours ready-made, bien rodé. Il faut là reconnaître expressément la force de frappe du féminisme contemporain qui arrive à transformer les situations les plus inouïes et les plus inédites, comme l'est cette histoire hors du commun, afin de les réduire à ses formules insipides qui n'attendent qu'à être plaquées sur n'importe quelle contingence qui n'a alors de raison d'être que de faire valoir ces dites idées dites révolutionnaires. Ces idées lumineuses qui perçoivent, décèlent, et dénoncent en un éclair la souterraine systémie à même d'expliquer et de rendre compte, parfaitement et implacablement, à chaque coup que les malheurs, les drames, entre un homme et une femme, les bonheurs, les mariages, les divorces, en passant par les disputes les plus anodines, ainsi que les viols les plus ignobles mais aussi les meurtres les plus abjects sont inévitablement le résultat d'une domination millénaire et structurelle du genre masculin sur le féminin. Finie l'histoire réelle et particulière, avec toute sa simplicité et sa complexité, entre une femme et un homme, leurs trajectoires qui se croisent, se mêlent, s'entrechoquent et se démêlent. La machine de guerre féministe déroule sa propagande, en cela bien aidée par les médias de masse qui toujours, souvenons-en-nous, s'adressent à l'Homme de masse, et écrabouillent toute nuance, tout soupçon, sacrifient toute forme de réalisme sur l'autel du dogme à défendre.
L'émission ne fut donc qu'une longue alternance entre des moments de vie choisis, vraisemblablement présélectionnés, et déployés par Gisèle Pelicot pour mieux passer le relais à Judith Perrignon qui, en les commentant, s'en servait pour pousser le public à l'empathie et à l'identification afin de diriger l'audience vers l'achat du livre. Une promotion somme toute des plus habituelles. Soudain mon ronflement me sortit de ce confortable sommeil numérique. À moins qu'il ne s'agît de la question osée – la seule – posée à la troisième personne et avec beaucoup de respect et de délicatesse, de la part du lisse présentateur où un soupçon de soupçon faisait semblant d'apparaître : « Vous savez, Gisèle, certains se sont dit que c'était impossible que vous vous soyez rendu compte de rien (...) Certains vous ont pas crue et peut-être même que certains vous croient toujours pas, qu'est-ce que vous leur dites ? » et la réponse valait vraiment la peine d'être réveillé par cet intempestif ronflement : « Peut-être qu'ils n'y croient pas parce que c'est une manière peut-être de se rassurer aussi, de dire : " Moi, je vis avec mon mari. Je m'en serais rendu compte s'il m'avait droguée." avant de préciser l'errance médicale qu'elle a traversée pendant quasiment une décennie. Cette réponse expéditive n'a pas manqué de me surprendre car elle jette – elle – non pas un soupçon mais une suspicion généralisée sur tous les hommes. Et oui ! Mesdames, peut-être que vous ne le savez pas mais vous vivez aussi avec un Monsieur Pelicot qui vous drogue pour vous endormir, vous violer et vous faire violer par près d'une centaine d'hommes et ce déjà pendant une décennie, voire davantage, sans que vous ne vous en soyez encore aperçu. Sous ses airs de ne pas y toucher, sa chemise bien repassée, ses chaussures bien cirées, et ses cheveux plaqués, votre mari cache peut-être en lui un doublon de « l'ogre de Mazan » qui n'hésiterait pas, si l'occasion publique lui en était donnée, de clamer aussi : « Je suis un violeur. » Vérifiez bien vos tisanes et vos purées avant d'aller vous coucher. On ne sait jamais. On n'est jamais trop prudente, ni trop suspicieuse. Une dose non-négligeable d'anxiolytique saupoudre peut-être déjà vos pennes sans qu'il ne s'agisse de parmesan. Tout le traitement médiatique de cette sordide histoire, de l'ouverture du procès jusqu'à la promotion de ce livre, n'est-il pas là pour marteler une fois de plus le (faux) sophisme féministe qui ambitionne de s'imposer à tous comme une démonstration mathématique des plus élémentaires : « Tous les hommes ne sont pas des violeurs mais tous les violeurs sont des hommes. » ? Dans cette histoire, l'aspect tout à fait ordinaire de ces hommes, l'impressionnante diversité de leur profil professionnel, la variabilité significative de leurs âges, tous ces éléments repris en boucle par les médias de masse pour dépeindre « monsieur-tout-le-monde », ne plaident-ils pas en faveur de cette « banalité du mâle » ?
On me qualifiera ici de mauvaise langue car c'est Gisèle Pelicot « herself » qui affirme que tous ces hommes – qui se sont adonnés sur son corps sédaté et sous l'œil contrôleur de son mari caché derrière son smartphone, à des pratiques des plus avilissantes – ne sont pas des hommes ordinaires. Elle relate aussi ce moment de grâce où elle a rassuré un jeune de 25 ans qui lui aurait confié sa honte d'être un homme en lui affirmant qu'il n'était pas à l'image de ses violeurs. Cette anecdote me permet de mesurer la puissance de sa parole mais aussi l'impact direct que ce discours médiatique ressassé encore et encore a sur les jeunes hommes. Après avoir donc fait passer son sujet par l'obligatoire discours accusateur et culpabilisateur et lancé une suspicion généralisée sur la gent masculine, Gisèle Pelicot dit, puisque dorénavant cette évidence demande de nos jours à être précisée, que tous les hommes ne sont pas des violeurs. Les hommes s'en tirent, cette fois-ci, à bon compte. Ils n'auront peut-être pas tous les jours la chance d'être graciés par l'extraordinaire clémence d'une victime qui se trouve intronisée icône médiatique planétaire par la société sexiste, machiste et patriarcale qu'elle dénonce et combat. Car après tout, et même avant tout, elle est là, à La Grande Librairie, comme son nom l'indique, pour vendre un livre et non pas pour être clivante et encore moins militante. Elle est féministe, c'est elle qui l'affirme, mais pas radicale, car, ajoute-t-elle avec humour, elle a l'âge de ses artères. Messieurs, estimez-vous heureux que Gisèle Pelicot ne soit pas née quelques années plus tard.
Parce que les féministes radicales – elles – qui furent invitées, certainement par hasard, en fin d'émission pour en clôturer le sens et en donner une direction univoque ont un programme prêt à être déroulé pour tous les hommes ordinaires, pour ces mâles banals allègrement associés au « fascisme qui vient ». J'en prends pour exemple ce passage où Michelle Perrot, femme d'un certain âge et d'une relative sagesse, ose dire que tous les hommes ne sont pas les mêmes et qu'il existe aussi des femmes « pas bien ». Cette parole d'une tiède neutralité visant la chaleur d'une fade conciliation en vue d'un « happy ending » de l'émission fut immédiatement accusée de mettre « les pieds dans le plat ». Il n'en fallait pas plus pour que Camille Froidevaux-Metterie monte sur ses grands chevaux universitaires pour affirmer que tous les hommes devaient avoir honte, qu'ils sont tous d'ores et déjà coupables – a minima d'être restés silencieux –, qu'ils devaient tous prendre position, et tous questionner leur responsabilité dans ce qui était arrivé à Gisèle Pelicot, en tant qu'hommes socialisés et éduqués dans une société patriarcale. Les leviers politiques doivent être utilisés, déclare-t-elle. D'ailleurs, son mari à elle (qui fait des documentaires féministes) lui a avoué avoir honte. Messieurs, vous avez un exemple à suivre. Plus d'excuses. Et à Manon Garcia d'en rajouter une couche et même une louche avec son erreur arithmétique : toutes les femmes affirment avoir subi, au bas mot, au moins une agression sexuelle alors que tous les hommes, eux, se défendent d'en avoir commise ne serait-ce qu'une. Il faut donc traquer les statistiques, les pourcentages, les probabilités pour trouver les coupables de cette erreur arithmétique. Une des causes probables, selon Dorothée Dussy, qui renchérit, proviendrait de l'éducation et notamment des mères qui épargneraient leurs fils. Ici, curieusement, la fameuse culpabilisation des mères est autorisée. Les féministes, contrairement aux psychanalystes (ces étranges créatures des temps patriarcaux), elles, ont le droit de culpabiliser les mères et même d'aller plus loin en faisant de certains hommes des « alliés », si et seulement si, ils suivent ces strictes conditions :
1) Écouter et croire les femmes.
2) Faire l'effort de comprendre les femmes et de lire des livres féministes, ce qui permettrait, en passant, de décharger les femmes de la lourde tâche de devoir s'expliquer.
3) Appliquer les préceptes féministes dans sa vie intime, notamment, en ne considérant pas les femmes comme des corps disponibles et en étant égalitaires dans les tâches domestiques.
4) Prendre la parole publiquement pour parler des violences que commettent d'autres hommes et réagir au sexisme ordinaire.
Aux mâles banals les grands remèdes.
•Gisèle Pelicot & Judith Perrignon, « Et la joie de vivre » (Flammarion). Sortie demain dans toutes les librairies.
• Pour ceux désireux de poursuivre le travail de pensée, soit de questionnement, sur la portée médiatique de cette affaire et ses intimes liens avec le féminisme contemporain, je ne saurais que trop recommander cet excellent article, une fois de plus, commis par Sabine Prokhoris (psychanalyste, philosophe et féministe !) qui s'est coltiné la lecture de l'intégralité du dossier judiciaire ainsi que le visionnage des vidéos : https://medium.com/@sabineprokhoris/lav%C3%A8nement-d-une-ic%C3%B4ne-mondialis%C3%A9e-questions-sur-un-ph%C3%A9nom%C3%A8ne-m%C3%A9diatico-politique-c182b2d0bf0f
