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  • Rudy Goubet Bodart
  • 4 days ago


Si vous vous amusez à taper dans Google : « The answer to life, the universe and everything », vous verrez apparaître une calculatrice affichant le nombre 42. Il s'agit d'un clin d'œil des ingénieurs de Google au fameux roman de science-fiction de Douglas Adams, Le Guide du voyageur galactique, où des êtres supérieurement intelligents construisent un ordinateur ultra-puissant pour répondre à la « Grande Question » sur la vie, l'univers et le reste. Après 7,5 millions d'années de réflexion, l'ordinateur livre enfin le résultat : 42. Face à la déception générale, l'ordinateur explique que la réponse est parfaitement correcte, mais que le problème réside dans le fait que personne ne sait réellement quelle était la question de départ.


Depuis plusieurs jours déjà, les actualités ne nous donnent-elles pas l'impression que le nom « Epstein » est en passe de devenir le nouveau nombre 42 ? En effet, peu importe la question ou le problème soulevés — la corruption des politiciens, leur vie privée, la situation en Israël, le COVID, le Bitcoin, les krachs boursiers, l'angoisse de votre voisine ou votre propre hypocondrie — une seule réponse semble possible : Epstein. C'est le nom propre qui explique tout. Le bouche-trou du moindre questionnement existentiel. Toutes les questions peuvent désormais être oubliées, car nous détenons déjà la réponse.


Qu'est-ce que tout cela peut-il bien avoir à faire avec la psychanalyse ?


Le psychanalyste présente toujours une certaine réserve, voire une distance, quand le discours de l'analysant vient à se concentrer autour d'une idée unique, censée expliquer toute une série d'événements épars et disparates. Cette réserve et cette distance ne sont en rien dues à des qualités psychologiques personnelles du psychanalyste ; elles ne sont que l'effet de son écoute dont l'attention est « également en suspens » (ou de façon homogène : Gleichschwebende Aufmerksamkeit). Cette écoute a son pendant du côté de l'analysant dans la règle fondamentale de l'association libre, où celui-ci doit dire, sans discernement aucun, tout ce qui lui traverse l'esprit. Dès qu'une pensée ou une idée domine l'esprit de l'analysant au point de rigidifier le discours pendant un nombre important de séances, le psychanalyste est légitimé à penser qu'il s'agit là de la manifestation d'une résistance massive et que la vérité, comme on le dit souvent, est ailleurs. La vérité se situe ailleurs, mais jamais bien loin, car en psychanalyse, elle a toujours trait à l'énonciation du sujet.

Bien sage serait celui qui saurait faire de ce type d'écoute une façon de se positionner face à l'incessant bruit médiatique. Non pas en y espérant les mêmes effets que ceux d'une cure psychanalytique — car le brouhaha médiatique est en soi un flot d'énoncés sans véritable énonciation, s'adressant à la fois à tout le monde et à personne, et ayant pour effet de distraire chacun de son axe destinal — mais, plus humblement, pour éviter, autant que possible, que son propre sujet ne participe à cette inlassable valse en en répétant les harassants énoncés.


L'attitude, soit l'éthique, du psychanalyste face aux médias de masse n'est pas faite de neutralité ou d'indifférence, mais bel et bien d'in-quiétude, quasiment au sens de l'intranquillité de Pessoa. Elle s'oppose à la quiétude, à la tranquillité, c'est-à-dire à la satisfaction procurée par ces informations qui semblent tout expliquer. Le psychanalyste fait ce qu'il peut pour ne pas participer à ce bruit, et c'est en cela qu'il se rapproche de l'Unruhigkeit hégélienne (l'inquiétude) qui, seule, permet le travail du négatif et la patience du concept, tout en rejoignant l'Unheimlichkeit freudienne (l'inquiétante familiarité). À celui, malheureux, qui marie son énonciation aux énoncés médiatiques, il ne peut que rétorquer un inquiétant : « Je ne vous le fais pas dire… »

  • Rudy Goubet Bodart
  • 4 days ago

À chaque fois que j'entends ou lis un psychanalyste qui doit s'en remettre à la biologie pour contredire la « philosophie transgenre », cela me désole. Non pas que je n'accorde pas de crédit à la biologie – au contraire ! – mais plutôt parce que cela sonne, de la part dudit psychanalyste, comme un aveu d'échec ; tant cela donne le sentiment de ne pas parvenir à trouver la moindre idée qui permettrait de faire valoir la spécificité de son champ d'expérience propre.


Pourtant, nous savons que lorsqu'une femme décide de « changer de sexe » et va jusqu'à l'opération chirurgicale, elle se voit ensuite dotée d'une pompe lui permettant de faire gonfler – sur commande – ce qui lui sert alors de simulacre de pénis. Et c'est cela même qui marque toute la différence entre un « homme trans » et un homme, qui, lui, ne peut pas entrer en érection sur commande ou sur demande. Il y a bien des moments où il l'est (en érection) alors qu'il vaudrait mieux ne pas l'être, et d'autres où il voudrait l'être mais ne le peut malheureusement pas. L'humoriste Blanche Gardin a bien compris cela et a su en faire un sketch des plus hilarants.


C'est que le pénis est évidemment et intrinsèquement lié au psychisme de son porteur, mais ne se confond pourtant pas avec le phallus — Freud a beaucoup insisté là-dessus. Le phallus n'est pas l'organe, mais le signifiant du désir et du pouvoir (ainsi que de la castration). Ce qui « fait l'homme » n'est donc pas tant l'érection pénienne que la relative maîtrise du « caprice phallique » (puisque le phallus n'en fait qu'à sa tête) et plus fondamentalement sa confrontation avec la contingence du désir.


En guise d'illustration, on peut affirmer que lorsqu'un homme prend du Viagra pour s'assurer une performance sexuelle, il obtient un pénis fonctionnel (une érection), mais ce faisant, il perd le phallus. En s'appuyant sur une pilule pour obtenir une érection purement biochimique, l'homme court-circuite la dimension fondamentale du désir qui le caractérise réellement. Voilà une façon de commencer à comprendre ce que Lacan qualifiait d'erreur transsexualiste : la confusion entre l'organe et le phallus.


Devinette :


Quel est l'objet le plus léger au monde ? Le phallus ! Car il peut être soulevé par une simple pensée (même, et surtout, inconsciente !). Voilà ce dont un « homme trans » ne pourra jamais faire l'expérience, malgré les progrès sociétaux et scientifiques.


« La bandaison, papa, ça ne se commande pas ! »

  • Rudy Goubet Bodart
  • 4 days ago



Pour paraphraser Françoise Dolto dans son magistral « L'image inconsciente du corps » (1984), j'affirmerais qu'il y a peu de choses aussi destructrices pour un enfant, que de s'entendre dire, surtout de la part de ses parents, qu'il deviendra autre chose qu'un homme – s'il est garçon – ou qu'une femme – s'il est fille — car cette affirmation mensongère va tout bonnement à l'encontre du génie de son sexe et nie les potentialités qu'il porte réellement, soit corporellement, en lui. Ce qui est extrêmement rassurant pour un enfant est au contraire de savoir que les êtres humains, y compris les « grandes personnes », sont tous soumis à des réalités – qu'il n'est pas exagéré d'appeler « lois » – contre lesquelles personne ne peut rien. Ainsi en va-t-il de l'appartenance à un sexe (et seulement un) et de la mortalité. En psychanalyse, cela est appelé castration et ne dépend de rien, ni de personne, et même pas du caprice de ceux qui pourtant nous ont mis au monde. Quel soulagement cela pourrait être pour notre époque que d'être saisie par cette vérité ancestrale de notre condition humaine au lieu d'imposer à ses enfants l'impossible responsabilité (mais la vraie culpabilité) du réel de leur sexe, alors renommée « auto-détermination », comme pour mieux dénier qu'il n'y a pas de sujet sans Autre qui toujours déjà le précède.


Cet extrait de l'entretien de Lilie et de sa mère (trouvable sur le site de TF1) m'a rappelé que je n'en avais pas encore fini de mon élaboration quant à ce qu'il convient de nommer – improprement, je pense – transgenrisme ou transidentité. Il y a bientôt cinq ans, j'avais, dans mon commentaire du film « Petite Fille » de Sébastien Lifshitz, évoqué Lilie qui, à l'époque, accompagné de sa mère, écumait déjà les plateaux de télévision. Quand un enfant entend de la part de ses parents qu'il pourra devenir un être du sexe opposé au sien une fois adulte est une chose. Mais quand cette affirmation est reprise et soutenue par le socius, cela en est une autre. C'est pourquoi je crois nécessaire de faire un « retour à Lacan » et plus spécifiquement sur ce que le psychanalyste a pu nous transmettre pour comprendre ce phénomène, à savoir : 1) sa position quant au transvestisme (ou travestisme), 2) son affirmation quant à l'erreur (et non pas la faute) du transsexualiste, 3) ainsi que son entretien avec Michel H. Ce « retour à Lacan » me semble nécessaire, mais loin d'être suffisant, tant la donne a changé depuis l'époque où il tenait son séminaire. Ce qui a fondamentalement changé — ou plutôt ce qui s'est furieusement intensifié – est la participation massive des médias de masse (radio, télévision, internet) qui collaborent à la production d'une toute autre tessiture du tissu social, ainsi, évidemment, qu'à donner une ampleur démultipliée à un phénomène clinique qui jadis était plutôt de l'ordre de la rareté pour en faire aujourd'hui un sujet, ironiquement, dit de société. C'est pourquoi je crois nécessaire de faire appel à un penseur tel que Günther Anders qui, dans « L'obsolescence de l'Homme » (1957), déploie l'idée d'une honte, dite prométhéenne, de l'homme moderne de ne pas être à la hauteur des objets techniques et technologiques que pourtant lui-même crée (aujourd'hui l'usage des applications d'intelligence artificielle en est certainement la manifestation la plus quotidiennement patente) et qui le pousse à progressivement se transformer lui-même en objet. J'avais déjà effleuré cette idée en affirmant que tout transgenrisme était déjà du transhumanisme. Seulement, ces deux termes ne me conviennent plus et je crois que seul un retour sur ce que Jacques Lacan nommait « sujet capitaliste » et qu'il disait s'accorder avec la science (1968) pourra me faire faire un pas supplémentaire. Ainsi, le « transgenrisme » n'est pas le cœur de mon élaboration, mais bel et bien un prétexte pour penser les places (un pluriel donc) de la psychanalyse dans le « discours de la science » (qui est à distinguer de la science avec l'aide d'un certain Alexandre Koyré).


Mais avant tout ça, je dois finir mon texte sur « La vie de Jésus » de Bruno Dumont (1997).


○ « Petite Fille ? » La Fabrique Transgenre » (2021) : https://www.rudygoubetbodart.com/single-post/petite-fille-une-analyse-possible


○ « Petite Fille ? » D'un trans à l'autre » (2022) : https://www.rudygoubetbodart.com/single-post/petite-fille-d-un-trans-%C3%A0-l-autre

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