LA BANDAISON, PAPA ...
- May 7
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À chaque fois que j'entends ou lis un psychanalyste qui doit s'en remettre à la biologie pour contredire la « philosophie transgenre », cela me désole. Non pas que je n'accorde pas de crédit à la biologie – au contraire ! – mais plutôt parce que cela sonne, de la part dudit psychanalyste, comme un aveu d'échec ; tant cela donne le sentiment de ne pas parvenir à trouver la moindre idée qui permettrait de faire valoir la spécificité de son champ d'expérience propre.
Pourtant, nous savons que lorsqu'une femme décide de « changer de sexe » et va jusqu'à l'opération chirurgicale, elle se voit ensuite dotée d'une pompe lui permettant de faire gonfler – sur commande – ce qui lui sert alors de simulacre de pénis. Et c'est cela même qui marque toute la différence entre un « homme trans » et un homme, qui, lui, ne peut pas entrer en érection sur commande ou sur demande. Il y a bien des moments où il l'est (en érection) alors qu'il vaudrait mieux ne pas l'être, et d'autres où il voudrait l'être mais ne le peut malheureusement pas. L'humoriste Blanche Gardin a bien compris cela et a su en faire un sketch des plus hilarants.
C'est que le pénis est évidemment et intrinsèquement lié au psychisme de son porteur, mais ne se confond pourtant pas avec le phallus — Freud a beaucoup insisté là-dessus. Le phallus n'est pas l'organe, mais le signifiant du désir et du pouvoir (ainsi que de la castration). Ce qui « fait l'homme » n'est donc pas tant l'érection pénienne que la relative maîtrise du « caprice phallique » (puisque le phallus n'en fait qu'à sa tête) et plus fondamentalement sa confrontation avec la contingence du désir.
En guise d'illustration, on peut affirmer que lorsqu'un homme prend du Viagra pour s'assurer une performance sexuelle, il obtient un pénis fonctionnel (une érection), mais ce faisant, il perd le phallus. En s'appuyant sur une pilule pour obtenir une érection purement biochimique, l'homme court-circuite la dimension fondamentale du désir qui le caractérise réellement. Voilà une façon de commencer à comprendre ce que Lacan qualifiait d'erreur transsexualiste : la confusion entre l'organe et le phallus.
Devinette :
Quel est l'objet le plus léger au monde ? Le phallus ! Car il peut être soulevé par une simple pensée (même, et surtout, inconsciente !). Voilà ce dont un « homme trans » ne pourra jamais faire l'expérience, malgré les progrès sociétaux et scientifiques.
« La bandaison, papa, ça ne se commande pas ! »
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