LOOKING DOWN ON DON'T LOOK UP


Une année après le visionnage du très progressiste « Petite Fille », voici que Netflic m'ordonne de regarder l'apocalyptique « Don't look up » d'Adam McKay.


Le spectateur y a droit à quasiment tous les syntagmes de la Novlangue : le féministe et égalitariste « humankind » en lieu et place de « mankind », l'incontournable et religieux « scientific community », un clin d'œil aux minorités opprimées quand un « african-american » se fait arrêter, une parodie de la lutte de classes façon « Joker » dans un discours politicien ... toutes les cases y sont vraiment cochées puisque même l'absence de toute référence directe à l'écologisme ne trompera personne car ce film n'est rien d'autre qu'un énième coup de matraque verte sur le crâne des bouseux pour « éveiller leurs consciences » face à l'urgence, qui dure déjà depuis des décennies, du dérèglement climatique.


Après son si subversif (et si récompensé) « Vice », Adam McKay joue encore une fois la carte orgueilleuse de l'auto-critique qu'il double d'une arrogance certaine en affirmant que « ceux qui n'aiment pas son film sont ceux qui ne l'ont pas compris » puisque, évidemment, si les ramolis du bulbe que nous sommes avions saisi la finesse et la subtilité de cette ellipse écologiste nous n'aurions eu d'autre choix que de nous prosterner devant tant de génie artistique qui plaide pour la bonne cause. Quelle ironie d'observer ceux qui possèdent les moyens de production — c'est ici vraiment le cas de le dire — réaliser une auto-critique pour mieux pouvoir éviter la seule véritable critique qui tienne : McKay est au cinéma ce que McDonald's est à la gastronomie : quand le fast-food pense sauver la planète en retirant les pailles en plastique de ses menus, le fast-moviemaker lui produit un green blockbuster à 75 millions de dollars sur Netflic, tout comme l'acteur vedette de ce film d'ailleurs, Leonardo Dicaprio, l'éco-tartuffe qui lutte contre le changement climatique en voyageant plus souvent qu'à son tour en jet-privé (cela fait penser à un certain hélicologiste nommé Nicolas Hulot).


Ce navet (même pas bio) qui ambitionne de parler d'écologie sans vraiment en parler donne l'impression d'être une réponse des plus stupides que l'on puisse faire au merveilleux film de Lars von Trier, « Melancholia », réalisé dix ans plus tôt, où il s'agit aussi d'une comète qui s'abat sur la terre, mais sans moraline. À la différence du réalisateur américain le danois, lui, fait de la mort le point de départ, la condition même, le réel à partir duquel une pensée peut avoir lieu et non pas une angoissante menace qu'il conviendrait d'éviter avec l'aide exclusive du technologisme. Ainsi le personnage principal de « Melancholia », joué par Kirsten Dunst, donne une leçon d'éthique, et de courage, à tous les personnages de « Don't look up ».


Les personnages de « Don't look up » devraieet commencer une bonne psychanalyse afin de réduire leur besoin de punition et ainsi opérer un premier changement dans leur positionnement subjectif ... Ainsi ils pourraient reconnaitre dans ce qui leur apparaît comme l'extraordinaire pouvoir de destruction qui menace d'anéantir leur identité particulière la négativité absolue qui constitue le noyau même de leur propre subjectivité (Moi). En bref, ils devraient s'identifier entièrement à la force qui menace de les exterminer — comme Kirsten Dunst dans « Melancholia » notamment lorsqu'elle offre, dans une magnifique scène, son corps nu aux astres : ce qui est effrayant dans la peur de la mort n'est autre que la puissance négative de leur propre subjectivité. La seule chose à faire est alors de changer notre position subjective, de cesser de s'accrocher désespérément à notre Moi et sa jouissance symptomatique.


J'ai presque failli être agréablement surpris par la fin du film où en effet la comète fait exploser la terre mais Adam McKay n'a pas su en rester là et n'a pas pu s'empêcher d'ajouter, dans le générique de fin, une clôture des plus grotesques qui vient denier toute sa croyance catastrophiste qu'il a développée plus tôt : quelques milliers d'années après l'impact, et grâce à la technologie, un petit groupe d'humains ayant survécu se retrouvent à poil dans un paradis verdoyant où de nouvelles espèces animales ont fait leur apparition et dont un des représentants se charge du sort de la présidente des États-Unis, jouée par Meryl Streep, un peu comme si « Mère Nature », Gaïa, se vengait des parasites que sont les humains ... voilà le fin fond du fantasme des écolo profonds projeté sur votre écran, le tout accompagné d'une musique pop-rock d'un mauvais goût déprimant. Tout cela donne alors l'impression d'avoir regardé un film pop-corn ; film pop-corn que le réalisateur se fait un malin plaisir de critiquer au sein même de son film croyant ainsi pouvoir échapper, par cette pirouette, à cette même critique. L'hubris contemporain à vouloir sauver la planète n'aurait-il pas dû en prendre un certain coup quand on constate l'immense difficulté à se débarrasser d'un microscopique virus ?


Plus fondamentalement, on pourrait se demander quelle est la fonction idéologique, c'est-à-dire politique, d'une telle nullité cinématographique largement plébiscitée dans une période comme la nôtre où tout se radicalise, la bêtise comme l'intelligence, où les expérimentations les plus immondes ainsi que la ségrégation la plus odieuse font leur retour sans que les champions de la discrimination, les héros de l'inclusion et autres chevaliers du iel ne bronchent ; la réponse est évidente : ajouter une couche alarmiste au nihilisme ambiant en faisant passer le message que ça pourrait être encore pire et qu'il faut sacrifier nos misérables existences au profit d'une cause plus noble un peu comme dans un épisode des Monty Python « Le don d'organes » où la populace se fait convaincre de se débarrasser de certaines parties de son corps qui après tout ne sont que très peu de choses face à la grandeur et à la beauté de l'univers.