SERGE LESOURD & LE GENRE

Il aura fallu que Serge Lesourd ne meurt pour que je découvre ce formidable petit texte publié en 2015 dans « Cliniques Méditerranéennes » où il développe l'idée — sept ans avant que je ne le fasse — que le genre, tel que promulgué par les Gender Studies, n'est autre qu'un des effets majeurs du discours capitaliste.

Heureux d'apprendre que je ne suis pas le seul à avoir élaboré autour de cette hypothèse et très heureux d'apprendre que je succède, en quelque sorte, à Serge Lesourd.


Voici quelques extraits avec lesquels je tombe absolument d'accord et qui présentent des idées que je développe également dans mon récent travail :


« Le discours qui constitue l’humanité ne peut donc être que celui de la plainte hystérique, du fait même de cette perte, de cette disjonction originaire, perte individuelle et non collective. C’est bien du particulier de la perte que s’inscrit l’universelle de la plainte qui témoigne de l’insatisfaction partielle de chacun (c’est-à-dire tous) pris au un par un (de manière singulière). C’est de cette confusion entre le un, au sens unaire de la différence et de l’unique, et du un, au sens unitaire du commun et du collectif, que se construisent les théories du genre, car il n’y a pas d’unité dans les gender studies. Or, cette confusion est le fruit d’un changement référentiel des discours organisateurs de la civilisation, bien connue du lecteur car elle fait débat au moins quant à sa nomination nouvelle. Il s’agit du passage de la modernité à la post (ou hyper) modernité, sous la prise de pouvoir du discours du Capitaliste comme référentiel majeur de l’organisation des échanges interhumains. Sans revenir sur ce que j’ai pu développer dans mon ouvrage Comment taire

le sujet, il est nécessaire ici d’insister sur deux des qualités particulières de ce discours organisateur du monde actuel. La première est celle qui permet de faire conjoindre le sujet à son objet, soutenant ainsi la croyance que la réalisation de la jouissance serait possible. La seconde est que c’est le sujet qui a la charge de produire les signifiants qui le désignent. Ces deux caractéristiques se retrouvent dans les genders studies. La seconde s’inscrit dans le choix individuel du genre qui dépend uniquement du sujet dans son expérience intime, c’est le sujet qui se nomme. La première n’est pas spécifique aux théories du genre mais participe de toute la société de consommation qui fait croire au sujet que la réalisation de la jouissance est possible ici et maintenant. »


[...]


« Il ne s’agit plus de se plaindre d’un empêcheur de jouir en rond que la théorie psychanalytique avait incarné dans la fonction du père comme unique jouisseur possible, ce que décrivent bien les mythes que nous avons utilisés, comme celui de Freud : Totem et tabou. L’actualité de la plainte est celle de la revendication jouissante et la protestation face à son impossible réalisation. Les névroses contemporaines sont ainsi moins des retours coupables du refoulé producteur de symptômes qui échappent au sujet que des tentatives d’agir la jouissance en son nom, ou d’être victime de l’agir jouissant de l’autre. En cela le genre, et les théories qui le soutiennent, s’inscrivent merveilleusement bien dans le cadre des névroses modernes structurées par le discours du capitaliste, qui prône une possible accession à la jouissance en oubliant que celle-ci reste divisée pour tout être humain et donc impossible à atteindre. Revendiquer le particulier du rapport au sexe comme autodétermination du sujet (hétéro, gay, lesbien, bi, transgenre, etc.) est bien une forme particulière d’en appeler à la jouissance de son propre chef, ce qui se veut révolutionnaire. »


Merci à Edouard Guidez de m'avoir fait découvrir ce texte intitulé « Le genre serait une névrose »