- Rudy Goubet Bodart
- Apr 13, 2018
Jacques Lacan traduit la révolution mondiale de la pensée (Dialectique) inaugurée par Socrate, et toujours en cours, en inversant l'algorithme saussurien [Signifié/Signifiant] en [Signifiant/Signifié].
Cela est l'indication de la primauté du signifiant (son autonomie) sur le signifié (ou pour le dire de façon vulgaire du mot sur la chose) et donc, ce qui à notre époque est crucial, de la continuité discrète qui existe entre Dialectique et Psychanalyse.
Quel sont les effets pratiques de la Dialectique ?
Je veux changer les autres ?
Changer le monde peut-être ?
Faire la révolution aussi ... pourquoi pas ?
Aujourd'hui rien n'est impossible, n'est-ce pas ?
Il me faut alors commencer par savoir ce que j'appelle "les autres", ce que je nomme "le monde", débuter la seule révolution qui vaille : la mienne (en soi et pour soi).
Pour rectifier mon rapport au Réel (et non pas m'adapter à la réalité).
Ou comme le disait Gandhi :"Sois le changement que tu souhaites voir dans le monde"**
En effet, avant même d'être en prise avec les choses, je suis d'abord et surtout en prise avec les mots.
Quoi qu'il arrive donc, je ne pourrais jamais m'extraire de mon temps, j'y suis toujours intégralement plongé. Je ne peux pas être plus que lui.
Ce que je peux faire est de m'efforcer, coûte que coûte, d'atteindre et de me tenir de toutes mes forces à sa limite, qui est aussi la mienne, en le pensant, en me réconciliant alors avec ma propre aliénation (qui avant d'être économico-historique est surtout langagière), puisque la liberté est l'intellection de la nécessité.
Pour inverser la proposition de Karl Marx, on pourrait dire :"Depuis plus de deux siècles, la philosophie n'a fait que changer le monde. Il est grand temps désormais qu'elle le pense."
Les invitations aussi forcées qu'urgentes au changement, à l'action, sont autant de séductions qui empêchent de penser, soit de comprendre et donc de changer quoi que ce soit.
Le véritable courage ne situe pas dans les menus espoirs de changements, de réformes, de
solutions déjà toutes prêtes qui ne demanderaient qu'à être appliquées.
Les promesses n'engagent que ceux qui y croient.
Toute "solution" ne ferait qu'alimenter le paradigme, le monde, le discours qui lui a donné naissance.
La premier pas devrait être un pas de côté ou en retrait afin d'amorcer une coupure authentique. Soit une refus d'alimenter l'idéologie qui nous fournit les espoirs de changement, qui ne sont en réalité qu'une façon de la faire subsister.
Le véritable courage est alors celui qui m'opère de l'espoir, qui me dés-espère.
Puisqu'il est impossible de résoudre un problème en se servant de la logique qui l'a produit.
Avant de me précipiter vers les solutions, il me faut apprendre l'Art de poser les questions.
** A ce titre, Gandhi était certainement beaucoup plus proche du Discours Psychanalytique que tous ces pantins illettrés du Discours Courant qui prétendent aujourd'hui le représenter officiellement.
Ils s'autorisent à nous conseiller, pour notre Bien, de voter untel ou untel, de nous indiquer, parce qu'ils font École, la façon de penser. Ils sévissent sans cesse dans les médias pour y trahir à fond et sans vergogne aucune La Lettre de la Psychanalyse, l'Esprit de la Dialectique.
- Rudy Goubet Bodart
- Apr 7, 2018
La science moderne ne peut se soutenir qu'au prix de l'expulsion de son champ de la négativité fondatrice de l'Homme, en tant qu'il est au langage.
A mesure qu'elle poursuit ses progrès la négativité qui en est expulsée fait son retour sous des formes toujours plus violentes et immaitrisables par la science elle-même.
La négativité se présente alors comme force de néantisation ou de destruction de l'humanité toute entière.
Il est d'ailleurs remarquable que l'on ait commencé à parler d'humanité comme entité une et homogène (un tout) depuis la possibilité de sa destruction totale.
Aujourd'hui, nous avons les moyens techniques et scientifiques (bombe atomique) de faire exploser plus de 45 fois la planète.
Les catastrophes écologiques (trou dans la couche d'ozone, disparitions d'espèces animales ...) sont une autre forme de cette négativité puisque la science moderne a depuis le départ participé à l'instauration puis au renforcement du paradigme économique contemporain et de ses modes de production.
En deçà des promesses de bonheur et d'une vie meilleure que la science moderne peut faire miroiter - ce en quoi elle occupe la même fonction qu'occupait autrefois la religion (au sens naïf) - c'est son envers qu'il s'agit aujourd'hui d'interroger.
- Rudy Goubet Bodart
- Mar 30, 2018
L'éthique du Bien-Dire n'est pas l'éthique du bien-dit.
Le bien-dit consisterait à bien réfléchir, à peser le pour et le contre, avant de parler, pour s'assurer que sa position est correcte, acceptable et qu'elle colmate bien le trou réel au cœur du Symbolique.
Ainsi le sujet qui parle pourrait se targuer d'une fausse neutralité, toujours fantasmatique, un milieu juste, pour mieux piéger l'Autre avec des questions sournoises par exemple, sans se rendre compte qu'en voulant piéger l'Autre c'est d'abord lui-même qu'il piège, à ne pas vouloir prendre acte du réel de la parole : l'énonciation.
Préférant la posture de la Belle-Âme ... jugeant, plaignant, et désirant secrètement prendre l'Autre à défaut, tout en jouant l'innocent effarouché, trop pur pour vouloir se salir.
La psychanalyse est une lettre que l'on s'envoie sous forme d'invitation pour lire son propre message seulement après l'avoir produit.
Je découvre mon message, et son équivocité, uniquement après l'avoir adressé ; il me revient alors sous sa forme inversée.
Toute prise de parole est une prise de risque, voilà ce à quoi la psychanalyse rend hommage.
Le juste milieu est toujours extrême ; extrême comme la fine crête, qui délimite mon savoir de mon l'ignorance, au sommet de laquelle le sujet vacille sur la pointe de son pied le plus faible pour faire subsister la fébrile mais immortelle lueur du désir.
Le juste milieu est celui de la monstrueuse vérité qui ne peut être que mi-dite.
Le juste milieu c'est quand le sujet est à l'heure au rendez-vous que lui a tendu la vérité de son désir.
Si la chouette de Minerve ne prend son envol qu'au crépuscule, c'est toujours au beau milieu de la journée, à midi, où l'ombre est la plus courte et le soleil le plus haut, que le sujet a à regarder l'aveuglante et insupportable lumière de la vérité.

