- Rudy Goubet Bodart
- Dec 25, 2017
Il y a quelques semaines j'avais posté un petit texte concernant le Livre de Job en disant que si la Bible devait aujourd'hui être réécrite ce passage serait certainement le premier à être modifié ou supprimé.
Il est vrai que la grande majorité des chrétiens est très mal à l'aise avec le Livre de Job et certains d'entre eux pensent même qu'il s'agit d'un texte qui doit être simplement supprimé, car considéré comme un blasphème païen.
Le livre de Job est en réalité l'un des écrits les plus fondamentaux pour l'éthique chrétienne.
Cette intuition était fondée puisqu'on a appris récemment que le Pape François lui-même, de façon très surprenante à vrai dire, appelle à un changement dans la prière du "Notre Père", puisque celle-ci induirait que Dieu lui-même nous soumettrait à la tentation.
En réalité la question de savoir s'il s'agit d'une bonne ou mauvaise traduction des écritures originales n'est que secondaire.
La question fondamentale est ailleurs.
Car visiblement que Dieu puisse nous pousser à la tentation est inconcevable pour la plupart des chrétiens, ils ne veulent pas y croire.
Mais à lire les écritures, n'est-ce pas Dieu lui-même qui a planté l'arbre de la connaissance au beau milieu du jardin d'Eden ?
Et pour revenir au Livre de Job : n'est-ce pas Dieu lui-même qui a fait un pari avec le Diable et a produit les souffrances abominables de son plus fidèle serviteur ?
Depuis le Livre de Job, nous n'avons plus seulement et simplement affaire à l'écart entre l'homme et Dieu mais à l'écart, la division, l'inconsistance au cœur de Dieu lui-même.
La défense et la conservation de l'héritage chrétien ne peut pas passer par la suppression ou modification des écritures qui font problème, qui créent des tensions puisque c'est dans ces paradoxes mêmes que réside toute son éthique.
- Rudy Goubet Bodart
- Dec 12, 2017
La cure analytique n'a peut-être jamais aussi bien porté son nom qu'à notre époque, dont la dégénérescence langagière est d'une férocité inouïe.
Celui qui s'y engage mène un combat de désarticulation d'avec les mots qui le bombardent de toutes parts tous les jours et qui le distraient de son lot de savoir.
La démarche analytique se situe aux antipodes de la promotion culturelle et de la mise en exergue de la sacro-sainte connaissance puisqu'elle vise au resserrement du sujet avec le savoir, qui lui n'arrive jamais à bout de la vérité.
Elle est une tentative subjective d'empester et de rejeter le discours ambiant - signe contemporain du malaise dans la civilisation - par lequel le sujet est tenu.
- Rudy Goubet Bodart
- Nov 16, 2017
" Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. "
Une lecture moderne de cette sentence hégélienne tendrait à nous faire croire que si nous voulons réaliser quelque chose de notre existence, la passion, dans le sens d'exaltation, serait nécessaire, puisque le sceau de l'émotion viendrait signer l'authenticité de l'entreprise.
Cette lecture, bien qu'elle aille comme un gant à l'époque, n'en est pas moins fausse.
La passion est le moyen privilégié dont se sert la raison pour arriver à ses fins sans que les hommes ne se doutent de rien, trop occupés qu'ils sont à se faire la guerre (ruse de la raison).
Lacan, à la suite d'Hegel, instaurera l'ignorance au centre des passions de l'Homme et élabora la théorie des discours comme structures langagières conditionnant la jouissance du sujet qui s'y trouve.
Que le sujet s'imagine maître des signifiants sans avoir de quoi faire lien social, voilà ce qu'est le Discours Capitaliste.
Qui n'est pas une invention d'un "anti-capitalisme primaire" puisque 1) les choses se situent au niveau du discours et non pas des personnes et 2) à se poser en s'opposant on donne à l'autre les outils pour qu'il se renforce et se perfectionne.
Ce discours est le résultat de la copulation entre le Discours du Maître et le Discours Universitaire.
Les effets s'en font ressentir tous les jours avec la soumission d'un côté à un signifiant maître (ethnico-religieux par exemple) et de l'autre le règne de la connaissance désincarnée (scientisme par exemple).
Il suffit de regarder autour de soi pour constater comment et combien ces deux "courants" (qui n'en sont en fait qu'un) font bon ménage.
Voilà ce qui constitue les grandes lignes de ce que l'on nomme la modernité.
Se posent en rempart et comme poumon artificiel à ce "discours" qui consume tout :
le Discours de l'Hystérique, qui est celui du Malaise dans la Civilisation, soit le malaise dans le désir (symptôme), seul susceptible de produire du nouveau savoir et le Discours de l'Analyste qui à interroger la vérité insue du désir rend lisible au sujet les signifiants maîtres de son histoire.
De quoi s'en sortir un par un.
La ruse de la raison ne trouve-t-elle pas dans la théorie des discours sa nouvelle édition qui permet une certaine lecture de l'époque ?
