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Rudy Goubet Bodart
Nov 27, 2020

« A la clinique, lorsque j’étais interné, certains se prenaient pour Robinson Crusoé, d’autres pour Napoléon, et moi, personne ne me croyait lorsque je leur disais que j’étais Diego Maradona. »


Diego Maradona n'était pas sans savoir comment toute identification fonctionne. Personne, même pas Dieu lui-même, n'est directement ce qu'il est ; mais chacun a besoin d'un point extérieur, un point ex-centrique d'identification. Le fou n'étant pas simplement celui qui se prend pour Napoléon ou Robinson Crusoé, mais plus fondamentalement encore celui qui se prend pour lui-même.


El Pibe de Oro n'était pas à une contradiction ou un paradoxe près. Lui, qui aurait pu être moins bon que Pelé, et qui a marqué le but le plus mémorable de l'Histoire du Football ... de la main, face aux anglais (inventeurs de ce sport) : « Je m'excuse mille fois auprès d'eux, mais en fait, je referais la même chose mille et une fois. »


Lui, qui a grandi dans un quartier privé ... de nourriture, d'eau et d'électricité, appartient à un autre football, à une autre époque, à un autre monde que les starlettes aseptisées et bodybuildées qui foulent les pelouses aujourd'hui et qui, lorsqu'elles marquent, se précipitent vers la caméra pour nous vendre leur shampooing, leur dentifrice ou leur caleçon.


Son but d'anthologie aurait aujourd'hui été annulé par la « goal line technology » ou le « replay », ce qui lui aurait, à coup sûr, fermé la voie vers son second but d'anthologie, fait de dribbles chaloupés, marqué dans le même match.


Il fait partie de ces footballeurs racés, comme George Best ou Sócrates, qui sont les uniques représentants de leur propre espèce.


Dieu va enfin pouvoir toucher la main de Maradona.




À partir d'une lecture de Françoise Dolto, voici une note aux parents qui ne comprennent pas pourquoi leur fils (âgé de trois ans ou plus) se retrouve dans le lit conjugal chaque nuit :


Quand le père nomme «maman» sa femme lorsqu'il s'adresse à son fils, il se place, dans la structure langagière, en tant que frère de son fils et donc fils de sa femme. Dans cet énoncé, et la place du père et celle du mari (époux, homme... ) ne se distinguent pas.


Quand il lui dit «ta mère» et même «ta maman», pourquoi pas, il met en évidence le lien de parenté entre le fils et la mère, sans pour autant spécifier la place du père et celle de l'époux. En effet, presque n'importe qui d'autre que le père peut s'adresser à l'enfant en disant «ta mère».


Quand le père dit à l'enfant «ma femme» il met en évidence, pour son fils, le lien amoureux hétérosexuel qui existe entre ses parents, qui ne sont donc pas que des parents mais aussi un homme et une femme qui éprouvent du désir, de l'amour l'un pour l'autre. Donc pour le fils, le père se dévine comme étant l'homme qui désire et aime sa mère et réciproquement (l'homme que sa mère aime et désire).


Le père peut aussi faire remarquer à son fils que lui ne dort pas avec sa mère (la grand-mère de son fils) et qu'il a choisi une femme en dehors de sa famille (ni sa sœur, ni sa cousine, ni sa tante...) pour passer ses nuits avec, ce qui sera aussi le cas de son fils dans quelques années.


Quant au désir de la mère, il doit aller dans le sens de la prise d'autonomie de ses enfants. Et elle doit donc aider son fils à se passer d'elle, notamment pour pouvoir dormir.


Bien entendu, se retrouvent chez le psychanalyste un tas d'histoires similaires où l'enfant a déjà allègrement dépassé les trois ans mais par exemple se réveille chaque nuit pour se retrouver dans le lit des parents, n'accepte pas que la mère se douche ou aille aux toilettes sans lui et la seule possibilité de séparation se fait par de l'agressivité envers sa mère et réciproquement.


Il s'agit donc de mères épuisées qui consultent et cela est la tâche quotidienne du psychanalyste qui travaille avec des enfants et des parents que de produire du père et non pas se substituer aux parents, ou au père, des enfants qu'il reçoit. Car c'est toujours aux parents, et en aucun cas au psychanalyste ou autres professionnels, de donner la «castration symboligène» aux enfants.


Rudy Goubet Bodart
Nov 8, 2020

Le résultat et l'ensemble du processus électoral du président de l'Occident semblent nous avoir offert, au moins sur les réseaux sociaux, un véritable spectacle, un authentique concentré sous forme de florilège du déversement de cette indignation bon marché, programmée, télé-programmée, commandée, télé-commandée qui a scandé les quatre années du mandat du désormais futur ancien président — si cela se confirme en Janvier.


Ces derniers jours ont été un magnifique condensé de la part des mutins de Panurge qui, ces dernières années, nous avaient déjà habitués à publier sur leurs réseaux sociaux diverses moqueries envers la caricature ambulante qu'est cet homme, mais aussi à activement le haïr, à adorer le détester, à épier hystériquement ses mots, ses faits et gestes pour le critiquer hargneusement, à jubiler même lorsqu'il était tombé malade. Les petits soldats de l'Empire du Bien, aujourd'hui, se félicitent, s'auto-congratulent que ce gros méchant, qui incarne, pour eux, le Mal Absolu, ait perdu. C'est comme s'il s'agissait de leur victoire, à eux. Ils se foutaient bien même de la victoire de l'opposant, l'important était que lui, le vilain, perde. Tel était leur souhait, tel est leur horizon.


Toutes ces belles âmes vertueuses défendant La Bonne Cause n'ont jamais su percevoir que sur le visage de leur héros négatif c'est bel et bien leur propre laideur qui se reflète.


Rien n'en dit autant sur le caractère de quelqu'un que ce de quoi, et la façon avec laquelle, il se moque.


Tu es ce que tu hais.


Que combattent-ils, ces bisounours de la résistance, lorsqu'ils s'en prennent à lui, si ce n'est leurs propres tentations inavouées, inassumées ? Sinon, pourquoi occuperait-il une telle importance dans leur économie psychique ? Pourquoi son image les mettrait-ils dans une telle extase ?


Ils le détestent. On ne saurait en douter. Mais ils aiment par-dessus tout l'état passionné dans lequel les place cette détestation qui les fait palpiter et ainsi leur procure un semblant de substance ontologique qui masque, dans ce même mouvement palpitant, le chaos qu'est leur existence immaculée.


Ils ne saisissent toujours pas la logique qui consiste à recevoir de l'Autre son propre message sous sa forme inversée, et comment leur jouissance obscène, leur haine dans laquelle ils logent la part la plus haute et la plus belle de leur identité, ont pu, un jour de Novembre 2016, faire le trajet du retour à l'envoyeur, comme on parle d'un retour de bâton.


L'anti-trumpisme est donc tout sauf une pensée mais est bel et bien une passion, leur passion fondamentale, alors que l'a-trumpisme, salubre lui, leur est tout bonnement hors d'atteinte.


Ils ne s'en remettraient probablement jamais si un jour ils réalisaient à quel point ils ont été les contributeurs principaux dans le succès de leur épouvantail fétichisé.


Désormais, nous pouvons faire semblant de nous demander sur quel nouvel objet leur haine va pouvoir se reporter ... L'Empire s'empire.

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